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“La doyenne du Monde”

A la recherche de la doyenne du Monde

Episode #1 “La doyenne du Monde – la quête”

En février 2014, après plusieurs heures de marche lors d’un trek dans les montagnes de l’Etat Shan, en Birmanie, j’ai rencontré une femme magnifique que j’ai prise en photo. Ne sachant pas son nom, j’ai deviné son âge, je l’ai surnommé “la doyenne du monde”.

Cette rencontre hors du temps, aux frontières du monde, m’a profondément touchée, d’abord par sa beauté, puis par son calme et sa sérénité. Face à son éternité, j’ai ressenti ma fragilité.

“L’étranger est un ami qu’on n’a pas encore rencontré”

Aujourd’hui, je vais tenter de la retrouver. Je souhaite l’appeler par son nom. Je voudrais prendre le temps de la rencontre. J’aimerais connaître son histoire, sa vie, ses rêves et les partager avec vous.  

Je veux m’immerger dans le quotidien extraordinaire d’une vie ordinaire, celle d’une paysanne, dans les montagnes de Birmanie.

 

 #2 “La doyenne du monde – son image”

La vie des montagnes, éloignée de toute commodité, est souvent rude. J’espère pouvoir retrouver la doyenne du monde et lui offrir quelques photos d’elle et de sa famille prises en 2014.

Dans mes livres “Ode à la bienveillance – élats de joie”, on y trouve des photographie de la sublime doyenne du monde, magnifiées encore par un poème de Stéphanie Machto.

Aujourd’hui, j’ai dans mon sac, un exemplaire du livre pour lui offrir. Comment va-elle réagir en le voyant ? En se voyant ?

L’association Regard’Ailleurs a également publié une carte postale où la doyenne du monde diffuse un message d’éternité. Il me parait juste de l’aider financièrement pour la remercier.

La photographie peut être sociale et solidaire. Parfois, je me retrouve dans la posture du touriste qui prend ce qu’il veut, cette fois j’ai envie de redonner ce que je peux.

 

#3 “La doyenne du Monde – le poème”

 

Mémoires vives (extrait de mon livre “Ode à la bienveillance”)

S’il faut tout un village

Pour élever un enfant,

Il faut quelques âmes sages

Pour rendre le village plus grand.

 

Dans les regards aguerris

Des aïeux au coin du feu

Sommeillent des trésors enfouis,

Des enseignements précieux.

 

Sous leurs traits parcheminés,

Des montagnes de savoir-faire,

Des médecines oubliées,

Des recettes de grand-mère.

 

Et dans leur sourire fripé

Comme les pages d’un grimoire,

C’est un puits d’humanité

Au service de notre histoire.

 

Si un village rend homage

A ses aînés bienveillants,

Fort de leur savoir hors d’âge,

Il enrichit ses enfants.

 

Stéphanie Machto

 

#4 « La doyenne du Monde – Quel âge a t-elle ?»

Elle habite dans un village accessible uniquement à pieds, là-haut dans les montagnes du Myanmar. Sous son toit, quatre générations. Enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants… son village est petit, avec une vue imprenable sur les sommets environnants et les plantations. On y trouve des poules, des cochons, des buffles, et un âne, aussi…

J’ouvre les tiroirs de ma mémoire. Dans mes souvenirs, la doyenne du monde est bien entourée par les siens, par sa communauté, mais aussi par une nature verdoyante et généreuse. 

Dans cette quête des retrouvailles, plusieurs questions me tourmentent.

Vais je réussir à retrouver le chemin qui mène à son village ?

De quelle éthnie est-elle ? Quel est son âge ? Quel est son nom ? Son histoire ? Comment va-t-elle ? Est-elle toujours en vie ?

Mes recherches commencent, je montre sa photo aux personnes que je croise, leur demande conseil, m’en remet au destin et au hasard.

“Le hasard, c’est Dieu qui se promène inconito” Albert Einstein

#5 “La doyenne du Monde – Un message intemporel”

Cette année, j’ai exposé la doyenne du Monde dans plusieurs salons et festivals. J’ai été touché par l’impact de son regard sur tous ceux qui se sont arrêtés devant son image.

A l’unanimité, tous la trouvent “belle”, “magnifique”, “splendide”, “sereine”, “une force tranquille” m’a t-on dit.

Un témoignage déterminant m’a mis sur les traces de la doyenne du Monde.

“Qu’on est beau en vieillisant, si seulement nous pouvions accepter nos rides !”

Savoir voir la beauté dans le sillon de l’âge et de la vie. Aller retrouver la doyenne du monde pour lui dire qu’elle est belle, pour lui dire qu’elle ne laisse pas indiférents tous ceux qui on croisé son regard, en feuilletant les pages de mes livres, ou vu son visage sur une expo, en France, à plus de 8500 km de son village.

Dans un monde ou l’apparition des premières rides est considérée comme une fatalité, un monde où la peur de vieillir et de mourir nous paralyse, un monde où un business se met en place pour éviter l’inévitable… et si nous arrivions simplement a accepter ce qui est ?

La doyenne du monde existe peut-être aussi pour nous prouver que l’on peut être beau à tout âge de la vie!

 

#6 “La doyenne du Monde – le documentaire”

Sur l’itinéraire qui me mène à la doyenne du Monde, je raconte souvent mon histoire, notre histoire, l’histoire de cette rencontre faite en février 2014, au coeur des montagnes de l’état Shan. Une rencontre trop furtive, alimentée par le mystère de cette femme du bout du monde. Je m’allie au temps pour transmettre ce qu’elle aura envie de partager avec nous.

Je suis surpris de voir que cette histoire interesse, interpelle aussi ! Je me sens soutenu et aidé dans ma quête. JP, Aurélie et Loki m’ont accompagné dans cette aventure pour la filmer.

Grace à ce petit documentaire en devenir, la doyenne du Monde pourra prendre la parole et tous ceux qui ont croisé son regard, sur une expo ou dans le livre, pourront découvrir les secrets extraordinaires de son existence ordinaire.

 

#7 “La doyenne du monde a quitté son corps”

C’etait une éventualité, je préférais ne pas y penser, je voudrais qu’elle soit vivante pour lui déclarer mon amour et celui de tous ceux qu’elle aura, sans le savoir, touchés, marqués, interpellés, séduits, questionnés et réconfortés dans leurs peurs de viellir et de mourir.

C’est un des guides rencontré dans la ville de Kalaw qui a méné son enquête. L’un de ses amis prétent l’avoir reconnue. J’ai le nom de son village, Kyaushu, elle aurait quitté son corps il y a 4 ans …

L’idée de la savoir vivante est plus stimulante que de se résigner à l’idée de ne plus la revoir … 

Vivre c’est mourrir, et mourir c’est avoir vécu.

Si son ascention s’avère réelle, les membres de sa famille et de sa communauté pourront témoigner des empreintes et des mémoires qu’elle nous a laissés.

C’est décidé, demain commencera la longue marche jusqu’à son village, pour collecter les souvenirs marquants de son existence.

La mort est la dernière parole du destin et le souvenir une présence invisible.

 

#8 “Grâce a cette image, maman est encore là”


J’ai retrouvé le chemin, le village et sa maison ; la doyenne du Monde à désormais un nom, elle s’appellait Muphrataha.

Je connais désormais son âge et son histoire, sa vie, ses envies, son quotidien et je découvre les circonstances d’une mort calme et tranquille.

Muphrataha a quitté son corps à l’age de 93, ici dans le village de Hti Ne, 1450 mètre, un vilage qui surplombe les vallées colorées par les plantations de piements et de tournesols.

C’est dans ce même vilage que Muphrataha est née, qu’elle a grandi, qu’elle s’est marié et qu’elle a donné naissance à 2 enfants. Le premier, son fils est mort très jeune, c’est ça fille qui m’a aceuillie pour célébrer les mémoires de sa maman, 5 ans plus tard, assie au même endroit, devant le même foyer, a boire le thé.

Sa fille a aujourd’hui 74 ans, et m’annonce que sa mère est décédé seulement quelques semaines après mon passage en 2014.

La fille de Muphrataha me raconte l’histoire d’une vie rude dans les montagnes, une vie de labeur dans les champs, mais une vie sobre et heureuse.

Un soir, comme chaque soir, mère et fille s’endorment à même le sol sur une natte en bambo. Ce soir là, Muphrataha parle avec sa fille, lui dit quelques mots… elle ferme les yeux et elle ne les ouvrira plus. Une mort paisible, dans le silence de la nuit, au claire de lune, dans une maison de bois et de bambou, sur le sol, Mupratha s’en est allée. 

 

#9 “Saisir les beautés du Monde pour les partager”

J’ai voulu retrouvé Mupratha ma doyenne du Monde car c’est une rencontre qui m’a touché, une rencontre éphémère comme le voyageur en vit de nombreuses, mais certaines rencontres impacts plus que d’autres.

J’avais envie de lui dire que je la trouve belle, je voulais partager avec elle les mots que vous avez prononcé en tournant les pages de mon livre, ou devant sa photographie lors d’une expo….C’est sans doutes ces moments qui me donne l’envie et la force d’aimer ce monde et de le photographier pour en partager ses beautés.

Image : La petite fille de Mupratha 3 ème générations. En 2014, quand je les aient rencontré 4 générations vivaient sous le même toit 😉

 

 

 

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